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Trame chronologique de l’histoire juive de Québec
Plusieurs fibres, une même étoffe : les Juifs de Québec
L’arrivée des différentes vagues migratoires juives à Québec et au Canada correspond à des événements majeurs qui ont eu lieu ailleurs dans le monde, le plus souvent en Europe, et dont les conséquences sur la vie juive se sont fait sentir jusqu’à Québec. Parmi les principaux points de repères dans cette chronologie générale, il convient de noter :
- L’expulsion des Juifs séfarades d’Espagne en 1492. Un certain nombre se dirigent alors vers le Nouveau-Monde.
- L’arrivée au pouvoir de Cromwell en Angleterre en 1645 consacre une politique de relative ouverture face aux Juifs installés dans ce pays.
- La révocation de l’Édit de Nantes par Louis XIV en 1685 confirme l’hostilité de l’État français face aux protestants et indirectement face à tous les non-catholiques, dont les Juifs. Ils seront empêchés officiellement de s’établir en Nouvelle-France.
- Napoléon Bonaparte déclare en 1806 que les Juifs ne sont rien de plus que des citoyens français de confession mosaïque, déclenchant un courant émancipatoire qui s’étend peu à peu à toute l’Europe.
- L’affaire Dreyfus ranime en France à partir de 1894 un nouveau courant d’hostilité face aux Juifs dont les échos se rendent jusqu’au Québec. Rome prend nettement partie contre les dreyfusards.
- L’échec de l’insurrection russe de 1905 lance un mouvement de répression contre les Juifs, qui provoque une forte immigration juive vers l’Amérique du Nord.
- L’arrivée au pouvoir en 1933 d’Adolf Hitler ouvre la voie à des persécutions anti-juives en Allemagne qui culminent avec l’Holocauste en 1942-45. Six millions de Juifs européens périssent.
- Création de l’État d’Israël en 1948.
- L’indépendance du Maroc en 1956 et celle de l’Algérie en 1962 préparent la venue d’une nouvelle immigration séfarade vers le Canada.
Période 1 – La Nouvelle-France (1608-1759)
Premières présences juives
Puisque l’immigration des Juifs n’est pas encouragée officiellement en Nouvelle-France, il n’existe à ce jour aucune preuve de l’existence d’une communauté juive à Québec lors de cette période. Tout de même, on peut faire l’hypothèse que quelques Juifs se sont rendus à Québec sous le régime français, sans déclarer nécessairement leurs origines. On a pour preuve l’arrivée en 1738 dans le port d’une jeune juive sous le couvert d’une fausse identité, Esther Brandeau. Elle est renvoyée l’année suivante en France après une tentative de conversion.
À peu près à la même période, en 1748, un armateur d’origine sépharade domicilié à Bordeaux, Abraham Gradis, forme une compagnie commerciale destinée à assurer le ravitaillement en soldats et en armes de la Nouvelle-France, la Société du Canada. Il poursuit ses efforts jusqu’à la chute de Québec, mais sans se rendre en personne dans la colonie. Ses bateaux marchands restent les seuls à se rendre en Amérique au moment des dernières heures de la colonie française. Gradis est le dernier à incarner la détermination de la France à conserver sa colonie nord-américaine.
Période 2 – Les suites de la conquête anglaise (1759 – 1832)
L’identité juive naissante repose sur la famille
Le début du régime britannique permet pour la première fois l’arrivée officielle de Juifs au Canada, dont celle du marchand Samuel Jacobs à Québec en 1759 et celle d’Aaron Hart. Ce dernier accompagne le général Amherst à Montréal en 1760 puis s’établit à Trois-Rivières l’année suivante. Pour l’essentiel, les quelques Juifs qui se dirigent alors vers le Canada jouent le rôle de pourvoyeurs des troupes britanniques et plus tard de marchands dans la nouvelle colonie, dont Abraham Franks. Très peu nombreux, ils sont presque tous d’origine ashkénaze et émigrent d’Angleterre où ils sont soit nés, soit établis depuis longtemps. Ces Juifs ne tardent pas à faire souche et plusieurs se convertissent en mariant des femmes catholiques. Leurs descendants sont des francophones.
Au cours de cette période, la perpétuation de la tradition juive repose, en l’absence d’institutions communautaires établies, sur le respect des préceptes et des traditions au sein de la famille juive. Bien qu’une première congrégation organisée ait vu le jour à Montréal en 1777, pour l’essentiel les membres de la famille Hart doivent compter seulement sur leurs propres forces pour rester Juifs pratiquants. La période se clôt par l’élection d’Ezékiel Hart, fils d’Aaron, à l’Assemblée de Québec en 1807. Devenu le premier juif à être élu au Canada, il est empêché de siéger par diverses manœuvres politiques et sous prétexte de ses origines religieuses. Appuyée par Louis-Joseph Papineau, une loi du Bas-Canada accorde en 1832 pour la première fois aux Juifs dans l’empire britannique tous les droits civils et politiques, corrigeant ainsi l’affront fait aux Hart une génération plus tôt.
Période 3 – Vers une pleine participation (1832-1900)
Les Juifs se regroupent autour d’institutions communautaires
Comme à Montréal et ailleurs au Canada un peu avant, les Juifs établis à Québec créent à partir du milieu du XIXe siècle une structure institutionnelle qui correspond aux besoins d’une communauté naissante composée de près d’une centaine de personnes. Une première synagogue apparaît à la haute ville en 1852 sous le nom de Beys Israel [la maison d’Israël], puis une deuxième en 1907 dans le quartier Saint-Roch appelée Ohev Sholom [la tente de la paix]. Un cimetière juif est fondé à Québec vers 1850 dans la paroisse Sainte-Foy et des activités dans d’autres domaines d’intérêt se mettent en place, comme l’éducation des enfants, la philanthropie et l’animation culturelle.
Au cours de cette période, les Juifs de Québec ne sont plus des immigrants récents, mais appartiennent aux couches les plus établies et les plus fortunées de la société. La plupart du temps ils ont été éduqués dans des institutions anglophones et sympathisent avec le monde britannique, ce qui ne les empêche pas d’avoir de bons rapports avec les francophones qui le leur rendent bien. Parmi les figures les plus remarquables de la communauté, on note Abraham Joseph, un descendant de Juifs anglais établis au XVIIIe siècle et qui, propriétaire d’un commerce d’épicerie, s’illustre aussi dans la finance et les banques. Un Juif allemand qui a qualité d’ingénieur, Sigismund Mohr, participe à la fin du XIXe siècle à l’électrification de la ville et à l’établissement d’un premier réseau de communication téléphonique.
Période 4 – Une nouvelle vague d’immigration (1900-1960)
Les Juifs occupent une place bien visible dans la ville
Les événements politiques en Russie provoquent au tout début du XXe siècle l’arrivée massive de Juifs est-européens et yiddishophones au Canada. Des milliers d’entre eux sont accueillis dans le port de Québec. Dans la ville elle-même, la population juive atteint pour la première fois jusqu’à tout près de 400 personnes. Pour la plupart ces nouveaux venus peu fortunés s’installent dans le petit commerce ou deviennent des marchands ambulants. Ils forment aussi un fort contraste avec les Juifs d’origine britannique qui habitent déjà la ville. Parmi eux se trouve un Juif roumain, Maurice Pollack, qui fonde en 1906 un magasin qui deviendra l’un des plus importants de la ville. Sur la rue Saint-Joseph, où ils sont regroupés, les marchands juifs offrent du crédit et attirent une clientèle moins à l’aise venue des campagnes. Sur un autre plan, les Juifs de Russie amènent avec eux des idées nouvelles et militent pour le socialisme et l’émancipation des ouvriers. Une des principales syndicalistes et militantes féministes du Québec, Lea Roback, grandit sur la côte de Beauport au cours des années dix. Au nombre des féministes juives ont compte aussi Sadie Lazarovitz, diplômée de l’Université McGill en 1928 et l’une des premières femmes à pratiquer le droit au Canada.
Cette période est riche en événements de toutes sortes, dont certains ont connu des répercussions bien au-delà de la communauté juive de Québec. En 1910, le notaire Plamondon prononce un discours antisémite à l’Église Saint-Roch et des voyous brisent des vitrines sur la rue Saint-Joseph. Outrés, deux marchands juifs de Québec poursuivent le notaire et obtiennent en 1914, après de longues procédures, sa condamnation pour diffamation. Le procès Plamondon constitue une grande victoire pour tous les Juifs canadiens. Un député juif Montréalais, Peter Bercovitch, siège à l’Assemblée législative de 1916 à 1938, où il propose des mesures sociales progressistes. Dans un autre ordre d’idées, les Juifs de Québec désirent construire une synagogue à la haute-ville qui représente leur niveau d’avancement dans la société et rende compte de la richesse de leur tradition religieuse. Ils y arrivent après plusieurs difficultés mais la veille de l’inauguration, en mai 1944, un incendie criminel abîme l’édifice et ébranle la communauté de Québec dans ses certitudes.
Période 5 – Dans le sillage de la Révolution tranquille (1960-2008)
La communauté juive relève de nouveaux défis
Les grands bouleversements sociaux des années soixante et l'affirmation nationale des Québécois de langue française placent la communauté juive de Québec dans une nouvelle situation et face à de nouveaux défis. Toutefois, malgré une baisse de la population juive au profit surtout de Montréal et Toronto, quelques Juifs d'Amérique du Nord, d'Europe de l'Ouest, d'Afrique du Nord et d'Israël s'établissent à Québec. Certains pour y prendre des emplois dans la fonction publique nouvellement créée, à l'Université Laval ou au sein d'institutions culturelles. De nouvelles occasions d'affaires permettent à certains Juifs d'occuper des fonctions importantes et d'élaborer des projets qui vont influencer l'évolution de la ville. Après avoir été surtout est-européenne et anglophone au début du XXe siècle, la communauté tend à se diversifier sur le plan linguistique et culturel, présentant ainsi un visage à la fois juif, multiculturel et empreint de culture québécoise. Un nouvel élan anime maintenant les Juifs de Québec qui découvrent de nouvelles possibilités d'avancement et abordent l'avenir avec confiance.
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