Les événements politiques en Russie provoquent au tout début du XXe siècle l’arrivée massive de Juifs est-européens et yiddishophones au Canada. Des milliers d’entre eux sont accueillis dans le port de Québec. Dans la ville elle-même, la population juive atteint pour la première fois jusqu’à tout près de 400 personnes. Pour la plupart ces nouveaux venus peu fortunés s’installent dans le petit commerce ou deviennent des marchands ambulants. Ils forment aussi un fort contraste avec les Juifs d’origine britannique qui habitent déjà la ville. Parmi eux se trouve un Juif roumain,
Maurice Pollack, qui fonde en 1906 un magasin qui deviendra l’un des plus importants de la ville. Sur la rue Saint-Joseph, où ils sont regroupés, les marchands juifs offrent du crédit et attirent une clientèle moins à l’aise venue des campagnes. Sur un autre plan, les Juifs de Russie amènent avec eux des idées nouvelles et militent pour le socialisme et l’émancipation des ouvriers. Une des principales syndicalistes et militantes féministes du Québec,
Lea Roback, grandit sur la côte de Beauport au cours des années dix. Au nombre des féministes juives ont compte aussi
Sadie Lazarovitz, diplômée de l’Université McGill en 1928 et l’une des premières femmes à pratiquer le droit au Canada.
Cette période est riche en événements de toutes sortes, dont certains ont connu des répercussions bien au-delà de la communauté juive de Québec. En 1910, le notaire Plamondon prononce un discours antisémite à l’Église Saint-Roch et des voyous brisent des vitrines sur la rue Saint-Joseph. Outrés, deux marchands juifs de Québec poursuivent le notaire et obtiennent en 1914, après de longues procédures, sa condamnation pour diffamation.
Le procès Plamondon constitue une grande victoire pour tous les Juifs canadiens. Un député juif Montréalais,
Peter Bercovitch, siège à l’Assemblée législative de 1916 à 1938, où il propose des mesures sociales progressistes. Dans un autre ordre d’idées, les Juifs de Québec désirent construire une
synagogue à la haute-ville qui représente leur niveau d’avancement dans la société et rende compte de la richesse de leur tradition religieuse. Ils y arrivent après plusieurs difficultés mais la veille de l’inauguration, en mai 1944, un incendie criminel abîme l’édifice et ébranle la communauté de Québec dans ses certitudes.